15 fevereiro, 2026

Et c'est moi qu'on enferme / E é a mim que internam

 


On attend toujours en psychiatrie.

Faire attendre un fou, ça le rend fou.

Elle craint, ma mère, que je manipule le médecin, que je fasse comme si tout allait bien. Que subitement je reprenne le contrôle, je me redresse, je maîtrise mon débit, mes mots. Que je dise que « oui, je suis un peu fatiguée, mais ça va aller, il faut juste que je me repose ». Elle m’a déjà vue, même au cœur de la crise, me dissocier et faire comme si de rien n’était. Mais là, je ne suis pas en capacité d’opérer ce retournement décisif. À l’intérieur de moi c’est l’apocalypse. La peur. Est-ce qu’il existe un mot pour désigner la peur au-delà de la peur ? La terreur ? Un mot pour la terreur au-delà de la terreur ? Le traumatisme. Le traumatisme c’est la peur et la terreur enfoncées dans le cerveau au marteau-piqueur. Tout me terrifie à un point inimaginable. La froideur des néons, les murs craquelés, le sol jaunâtre carrelé, la chaise en bois mal fixée sur des barres de fer rouillées sur laquelle je suis assise, tout. La vision des femmes et des hommes en blouse blanche me donne la sensation physique que quelqu’un est en train de broyer mon cœur dans son poing.


Philippa Motte


Ainda estamos à espera na ala psiquiátrica.

Fazer um louco esperar deixa-o louco.

Ela teme, a minha mãe, que eu manipule o médico, que finja que está tudo bem. Que de repente eu recupere o controle, me normalize, domine o meu jorro, as minhas palavras. Que eu diga que « sim, estou um pouco cansada, mas vai ficar tudo bem, só preciso descansar ». Ela já me viu, mesmo no meio da crise, dissociar-me e agir como se nada tivesse acontecido. Mas agora, não sou capaz de operar essa reviravolta decisiva. Dentro de mim é o apocalipse. O medo. Existe uma palavra para designar o medo além de medo? Terror? Uma palavra para terror além do terror? Trauma. O trauma é o medo e o terror enfiados no cérebro com um martelo pneumático. Tudo me aterroriza de uma forma inimaginável. A frieza dos néons, as paredes rachadas, o chão amarelado com azulejos, a cadeira de madeira mal fixada em barras de ferro oxidado onde estou sentada, tudo. A visão das mulheres e dos homens de bata branca dá-me a sensação física que alguém está a esmagar o meu coração no seu punho.